Rions aux éclats multimédias

Media name: 
L'Hebdo
Coverage date: 
8 Dec 2009

Les nouveaux médias numériques branchent le Festival du rire. Le point sur cette avancée technologique avec Grégoire Furrer, directeur de la manifestation.

Pour fêter ses 20 ans, le Montreux Festival du rire a reçu quelques subventions spéciales. Comment les utiliser? Un jour de rab? Un feu d’artifice sur le lac? Grégoire Furrer a préféré investir dans «la montée en puissance des médias numériques qui bouleverse les processus classiques de communication et de création». Selon le directeur de la manifestation, la présence active du festival sur Facebook et Twitter va bien au-delà du teasing promotionnel, elle célèbre une rencontre de l’humour et des nouveaux médias, entre la technologie et la créativité. Grégoire Furrer est-il un geek? Même pas. Mais un observateur attentif, un grand voyageur conscient que le monde se «googlise» à toute allure et qu’un producteur de festival ne peut plus se contenter d’amener des artistes dans une salle: il doit travailler en interactivité permanente pour exister.
Multimédia - Fabriquer du contenu

Le festival a créé une web TV qui ne se borne pas à retransmettre les performances scéniques. Les artistes passant deux jours à Montreux, c’est l’occasion de les solliciter pour qu’ils offrent de petites interventions ou participent à des jeux, des quiz. Par exemple deviner le sens d’un mot de patois romand. Ou s’interroger sur la proposition de Kadhafi consistant à démanteler la Suisse. Nombre d’entre eux ont souhaité un «Bon anniversaire Montreux!» dans des «pastilles» occasion rêvée de déconner et de hasarder quelques jeux de mots laids: «Il a souhaité un bon anniversaire à mon treux moi aussi je souhaite un bon anniversaire à son treux» (Rollin & Ramzy). Ces formats courts poussent les humoristes à se réinventer. Les techniciens aussi sont soumis à de nouveaux défis, comme l’instantanéité entre la fabrication et la diffusion. La TSR, fidèle partenaire, percute bien. Elle a des équipes souples et solides capables de capter le sel et le poivre des soirées pour la diffusion immédiate. Les formats sont aussi bousculés: mandatée pour dénicher les «pépites du net», Crea+, cellule créative de Canal+, a sélectionné 45 minutes des meilleurs gags qui circulent sur la Toile. Ils seront exceptionnellement projetés sur grand écran (Montreux, cinéma Hollywood, ve 11).
Structures - Créer de nouveaux métiers

Développer la communication sur l’internet implique de trouver de nouveaux collaborateurs. Le Festival du rire s’est adjoint les services d’un community manager. Ce métier encore inconnu consiste à gérer la communauté des fans, à publier tous les jours une phrase marrante ou une petite vidéo, à réceptionner les messages d’artistes intéressés ou de spectateurs. Le responsable des nouveaux contenus a pour tâche de contacter les artistes en amont et de s’assurer de leur disponibilité en matière d’interventions hors scène.
Conférences - Trucs et stratégies d’avenir

Peu de résistances sont observées à l’égard des expérimentations multimédiatiques, même si certains se demandent s’il appartient à un festival d’humour de se mêler de recherche et de développement en matière technologique. Pour partager le knowhow, le festival met sur pied deux jours de conférences sous le sigle Comedy & Media que présente Laurent Haug, président fondateur des conférences LIFT. Blogueurs, community managers, responsables de programmes TV, de sites et de moteurs de recherche y évoqueront les nouvelles tendances des contenus courts en global media, la pérennisation des activités TV sur le net ou les stratégies virales. Deux certitudes: 1. Si on ne va pas sur ce terrain, dans cinq ou dix ans on fera autre chose. 2. Personne ne détient la vérité. On se la joue donc open source. On se ferapiquer des idées, tant mieux, on en piquera aussi (www.montreuxcomedymedia.com, ve 11, sa 12).
Sponsors - Presse écrite et pastilles internet

Autrefois, un article dans L’Est vaudois stimulait les ventes. Le phénomène existe peut-être encore en Valais avec Le Nouvelliste. Sinon, dans un monde où de 8 heures du matin à minuit nous sommes submergés d’informations, cet effet ne s’observe plus. La presse écrite ne fait plus vendre. Pour les sponsors traditionnels, elle reste cependant la norme. Si je leur dis que nous avons 12 millions de pages vues sur Daily Motion, ils risquent de répondre «Qu’est-ce que L’Hebdo a fait sur le festival?» Il n’est pas toujours facile de convaincre les gens que Google est le plus gros «évangélisateur» ? comme on dit. Certains sponsors ne voient pas l’intérêt que nos pastilles circulent dans le monde entier. Ils ne doivent pas avoir l’impression que l’argent qu’ils investissent pour avoir un beau festival à l’Auditorium Stravinski est gaspillé dans de nouvelles technologies. Mais on travaille en collaboration, on discute. La ville de Montreux a très bien compris la démarche et valorise le rayonnement international du festival. Elle demande combien de pages ont été vues à l’étranger – alors qu’il y a cinq ans, son seul critère était le taux de remplissage de la salle.
Google - Devenir riche sur l’internet

Les gens de YouTube vous expliquent comment on peut se passer du reste du monde dès qu’on a un bon contrat avec Google. Un content provider (fournisseur de contenu) reçoit 24 euros par mille clics. On calcule: «Et si je faisais cent millions de clics?» Allez, juste un million, c’est possible... Cela rapporterait 24 000 euros. En réalité, on ne fait pas un million de clics comme ça. Pour y arriver, il faut multiplier les plateformes. Ensuite, ce n’est pas 24 euros que l’on perçoit, mais 12, après que l’agence a touché sa commission. Enfin, il n’est pas sûr que Google puisse vendre de la pub sur tous les clics. Donc, sur mille clics, on peut touche 1 euro et encore, il faut mandater une entreprise qui fait du référencement à plein temps. En théorie, dans le monde technologique, plus personne n’a besoin de personne. Seul dans son garage, on fabrique du contenu qu’on balance sur le web et on devient millionnaire. En réalité, on a encore besoin de bosser à la Poste et les artistes de monter sur scène...
Humour - Et le rire dans tout ça?

Comme disait le boss de MTV: «Comedy is rock’n’roll.» Depuis vingt ans on assiste à une énorme starisation des humoristes. Ils sont devenus des rock stars. Lorsque Gad Elmaleh entre en scène, c’est dix minutes de standing ovation. On est à des années lumière du café théâtre. Cette métamorphose s’accompagne d’une inflation des cachets. Il y a vingt ans, les vedettes demandaient 20 000 francs. Aujourd’hui, 120 0000...
Montreux Festival du rire. Montreux. Auditoire Stravinski, Théâtre Montreux Riviera.
Vevey. Théâtre de Vevey, Théâtre de la Grenette. Du ma 8 au di 13. www.montreuxfestivaldurire.ch


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